Régionales 2015 : les attentats profiteront-ils au FN ?

Pour L’Express, Emmanuel Rivière, directeur de l’unité stratégies d’opinion de TNS Sofres, analyse les conséquences possibles des attentats du 13 novembre, à Paris et au Stade de France, sur les élections régionales qui doivent se tenir en décembre.

Les attentats de Paris sont survenus à trois semaines du premier tour des élections régionales. Auront-ils un effet sur le vote des Français ?

C’est certain, même si, à ce stade, on ne peut établir que des hypothèses. Le premier scénario, optimiste pour la gauche, est le suivant : face à une épreuve de cette nature, les citoyens se ressoudent autour des partis de gouvernement, ce qui profite mécaniquement au pouvoir en place. Résultat, alors que le PS était menacé par l’abstention de ses sympathisants, l’émotion collective qui a saisi les Français pourrait entraîner un regain de participation de l’électorat au profit des listes socialistes.

On ne vous sent pas convaincu…

Ce scénario n’est pas impossible, mais il n’est pas le plus vraisemblable. Imaginons que l’on apprenne dans les jours qui viennent qu’il y a eu des failles manifestes dans la période de l’après-Charlie ou que des mesures qui auraient dû être prises ne l’aient pas été à temps. Cela jouerait évidemment contre le gouvernement. Je note aussi que l’ambiance d’unité nationale est plus fragile qu’en janvier. La séance d’hier à l’Assemblée n’a pas vraiment encouragé au sursaut civique, et déjà Nicolas Sarkozy critique le gouvernement.

Parce qu’il craint, en soutenant François Hollande, que cela ne profite aux candidats de gauche aux régionales ?

Sans doute, et peut-être aussi parce qu’il a constaté que le climat d’unité post Charlie n’avait pas empêché le succès du FN au premier tour des départementales. Mais ce faisant, il politise le débat au risque d’affaiblir tous les partis de gouvernement, y compris le sien. D’autant que Les Républicains sont eux-mêmes divisés : Alain Juppé n’est pas sur la même ligne que l’ancien chef de l’Etat.

Conclusion, l’effet attentats devrait profiter au Front national…

C’est probable. Il est clair que ces attentats confortent des thèmes classiques du FN : les liens supposés entre immigration et insécurité ; « L »Europe-passoire » ; une demande de sécurité accrue, quitte à limiter les libertés publiques… N’oubliez pas non plus que François Hollande, devant les parlementaires réunis en Congrès, a repris des mesures qui sont aussi prônées par le Front national… Dans ces conditions, Marine Le Pen a à peine besoin de faire campagne. Ses électeurs lui sont acquis; l’enjeu, pour elle, consiste à élargir son assise au second tour.

Peut-elle y parvenir ?

Dans le cadre d’une triangulaire, les électeurs de droite voteront, pour l’essentiel, en faveur des candidats Républicains ou UDI présents au second tour. Sa vraie cible, ce sont les abstentionnistes, d’une part, les électeurs de Debout la France et une partie des sympathisants de la gauche de la gauche, d’autre part. Des citoyens qui, par colère, pourraient préférer voter FN que Républicain ou Socialiste, contre lesquels ils ont un ressentiment global. C’est une hypothèse que l’on ne peut pas exclure, nos enquêtes avant les attentats montraient que le FN conservait une marge de progression entre les deux tours, qui peut faire la différence dans les régions qu’il vise.

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