Primaire à droite : participation, un enjeu clé difficile à déterminer

Emmanuel Rivière, directeur Stratégies d’opinion de TNS Sofres, répond aux questions du Figaro, sur les méthodes utilisées pour réaliser un sondage à propos des Primaires à Droite. Et plus précisément, celui qui donne à égalité Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, publié fin août 2016.

Comment avez-vous procédé pour réaliser ce baromètre de la primaire réalisé pour RTL, LCI et Le Figaro ?

La première difficulté d’un sondage concernant une primaire par rapport à une élection classique est de déterminer qui y participera. Entre une primaire qui réunirait 1 million de votants, ce qui est assez faible, une primaire qui à l’image de celle de la gauche, attirerait environ 3 millions de Français, et une primaire qui serait un succès inédit, avec 4 ou 5 millions d’électeurs, les résultats varient énormément. Pour ce baromètre, nous avons constitué notre échantillon en demandant d’abord aux personnes interrogées si elles avaient l’intention de voter: c’est le cas d’une personne sur dix. Puis nous avons appliqué un deuxième critère: chaque personne est invitée à mesurer sur une échelle de un à dix si elle est «pas du tout certaine» ou «tout à fait certaine» d’aller voter. En ne regardant que les personnes tout à fait sûres d’aller voter, nous obtenons un indicateur de participation qui correspond à environ 2,9 millions d’électeurs. C’est sur la base de cet échantillon que nous avons mesuré les intentions de vote.

Comment se fait-il que d’autres études, par exemple celle d’Odoxa, présentent des résultats aussi différents voire contradictoire avec les vôtres ?

L’échantillon retenu par Odoxa exploite les 29% des personnes interrogées qui «comptent aller voter». Rapporté au nombre d’électeurs en France, cela revient à une primaire qui mobiliserait 12 millions de votants. Odoxa présente également une hypothèse plus serrée qui correspond à une participation d’environ 5,5 millions de votants. Les résultats sont donc différents des nôtres. Mais il n’y a pas de contradiction. Nous même, nous avons travaillé sur trois hypothèses. Une restreinte, se concentrant exclusivement sur les personnes interrogées certaines d’aller voter qui se déclarent proches du centre ou de la droite, soit une hypothèse de participation de 1,7 million d’électeurs. Un échantillon médian que nous avons privilégié. Et un échantillon large, qui équivaut à une participation de 4,9 millions d’électeurs. Or vous constaterez que plus on élargit l’échantillon, plus les résultats que nous obtenons se rapprochent de ceux mesurés par Odoxa.

Qu’est-ce qui a changé dans vos méthodes depuis cinq ans et la primaire de la gauche ?

Aujourd’hui, nous n’avons plus beaucoup de doutes sur la pertinence des enquêtes menées via Internet. Nous avions déjà constaté lors de la dernière présidentielle qu’elles nous permettaient, notamment, de mieux appréhender le vote FN. Elles nous permettent également de fonder nos travaux sur des échantillons beaucoup plus larges pour un coût raisonnable. Notre baromètre s’appuie sur un échantillon de départ de 5000 personnes quand la plupart des enquêtes réalisées par les instituts au moment de la primaire de la gauche étaient basées sur des échantillons de 2000 ou même de 1000 personnes. Mais il reste des marges d’incertitudes, notamment dans nos éléments de comparaison puisque c’est la première fois que la droite se livre à ce type d’exercice.

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