Présidentielle en Autriche : le coup de semonce

Si rarement une élection présidentielle autrichienne aura été autant suivie par les observateurs et analystes européens, c’est bien parce que, au-delà du résultat, ce scrutin est révélateur d’un certain nombre de mouvements à l’œuvre en Europe et au-delà.

Montée en puissance des extrêmes

Le premier mouvement réside évidemment dans la montée en puissance des extrêmes. Les 35% des suffrages obtenus au premier tour de l’élection présidentielle autrichienne par Norbert Höfer, candidat du FPÖ font ainsi écho à d’autres scores élevés de l’extrême droite en France mais aussi en Slovaquie, en Hongrie, dans les démocraties du Nord, aux Pays-Bas. Il est tout aussi frappant de constater la capacité qu’ont désormais ces forces politiques à amplifier leurs scores entre les deux tours d’une élection. Les électeurs ne se contentent plus de donner un avertissement, ils persistent dans leurs choix et rassemblent plus largement encore lors des second tours, notamment lorsque ces derniers laissent entrevoir la possibilité d’une victoire.  

Les forces politiques traditionnelles en difficulté

Le second mouvement est à la fois la cause et la conséquence du premier : les forces politiques traditionnelles ont de plus en plus de difficulté à organiser la vie politique autour d’elles. Le premier tour de l’élection en Autriche a ainsi vu chacun des deux partis de la coalition au pouvoir obtenir seulement 11% des voix, se retrouvant par la même occasion violemment éjectés du second tour. Et s’il ne connait pas toujours cette ampleur, le même phénomène se répand ailleurs en Europe. L’Espagne votera ainsi de nouveau le 26 juin afin de tenter de mettre fin à une période d’instabilité politique ouverte par les dernières élections législatives (et l’incapacité à former une majorité de gouvernement). Et presque toutes les autres démocraties occidentales voient le poids électoral des partis politiques historiques refluer considérablement lors de chaque nouveau tour de scrutin. 

Une polarisation des électorats de plus en plus marquée

Le troisième mouvement se révèle à l’analyse de la structure des votes avec une polarisation des électorats de plus en plus marquée. Sociologiquement, la fracture s’accentue entre les populations les plus armées économiquement et culturellement et celles qui se sentent victimes de la crise économiques ou oubliées de la reprise lorsqu’elle est présente. Ces derniers trouvent ainsi  dans le discours des partis protestataires un écho à leurs propres angoisses. Géographiquement, la césure entre les grandes villes-capitales et les campagnes se creuse. L’examen de la carte dressée à partir des résultats de l’élection présidentielle en Autriche est de ce point de vue édifiante. Mais l’on pourrait ajouter à la démonstration les particularités « progressistes » des capitales comme Londres, Paris, Vienne… Enfin, du point de vue des idées, la capacité des individus à se projeter positivement dans un monde ouvert ou au contraire à préférer une forme de repli/protection identitaire apparait comme un critère très opérant du point de vue électoral.  

Dirigée par une coalition de partis issus de l’histoire politique d’après-guerre mais habituée à la poussée des extrêmes, épargnée économiquement mais particulièrement marquée par la crise de migrants de ces derniers mois (pour mémoire l’Autriche a accueilli 100.000 réfugiés au cours des derniers mois), l’Autriche a cette fois encore démontré la capacité des démocraties européennes à construire un plafond de verre électoral afin d’empêcher la victoire de l’extrême droite au second tour. Mais l’élection présidentielle a surtout révélé les faiblesses de ce plafond composite et sans réel projet commun face à un bélier colérique et têtu.

Source : Kantar

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