Briller en société avec l’opinion publique

Après avoir lu cet article tout en pédagogie d’Edouard Lecerf (Directeur Politique & Opinion au sein du groupe TNS), vous parviendrez à faire la différence entre les sondages et l’opinion publique. Vous connaîtrez ainsi les étapes de fabrication  d’un sondage (de la construction de l’échantillon au recueil des réponses). Et finalement, vous saisirez les enjeux liés à l’arrivée du digital dans la mesure de l’opinion publique. Laissez-vous guider !

Les sondages d’opinion nourrissent depuis de nombreuses années la vie politique et le discours médiatique. Telle cote de popularité, telle appréciation de la prestation télévisée d’un homme politique, telle intention de vote pour une élection à venir sont scrutées, analysées – parfois sur-interprétées – à la fois par ceux qui produisent ces données le plus souvent chiffrées, par ceux qui les utilisent pour rythmer des contenus éditoriaux, par ceux qui s’honorent de « bons » résultats ou préfèrent rejeter l’instrument lorsque celui-ci indique un malaise, une tension, un rejet.

Clarifications préalables

Il ne faut pas confondre l’objet observé et l’instrument de mesure. Les sondages ne sont pas l’opinion publique.

Un point s’impose :

Les sondages 

Ils sont l’outil, parfois incomplet ou imparfait mais utile et irremplaçable, de mesure et de reflet de l’opinion publique.

L’opinion publique

Selon des définitions communément acceptées (sauf par ceux pour qui elle « n’existe pas », cf. les très utiles écrits de Pierre Bourdieu), peut être « la somme des convictions partagées, à des degrés divers, par l’ensemble de la population » ou encore « une représentation socialement construite de ce que pense l’ensemble de la population ».

Les sondages d’opinion  appliquent des méthodes issues de la statistique et de la sociologie afin, comme le dit Loïc Blondiaux dans son livre « La fabrique de l’opinion », de transformer un « concept ambigu » en « construit mesurable ».

Première étape : la construction de l’échantillon

Pour mesurer cette « opinion publique », les sondages s’appuient donc sur les techniques de l’échantillonnage et de la représentativité. On reproduit à échelle réduite la population dont on souhaite connaître les opinions, les habitudes, les comportements, les pratiques (la population française, les jeunes de 18 à 25 ans, les urbains, etc). Sur la base des statistiques disponibles (produites par l’INSEE par exemple), on construit ainsi un échantillon, modèle réduit de cette population. On assure la représentativité de cet échantillon en lui donnant les mêmes caractéristiques (quotas) que celle de la population dans son ensemble. Par exemple, pour un échantillon de l’ensemble de la population, on s’assurera de cette représentativité au travers des critères de sexe, d’âge, de catégorie socio-professionnelle, de région, de taille de l’agglomération habitée etc.

Puis vient le sondage de l’échantillon

On « sonde » cet échantillon grâce à un questionnaire. Il peut être administré selon différents modes : face à face, téléphone, Internet. Si chaque nouvelle méthode de collecte a rapidement supplanté les méthodes plus anciennes (en termes de nombre d’enquêtes réalisées), elles ne les ont jamais fait disparaître totalement. Ainsi, le mode de recueil « on line » est aujourd’hui largement dominant dans les études de marché mais aussi dans les études dites « d’opinion ». Compte tenu de la diffusion de plus en plus large du numérique dans toutes les strates de la population, les problèmes de représentativité initiaux des échantillons construits lors des enquêtes réalisées par Internet ont quasiment disparus ou sont – pour certaines populations « rares » – strictement contrôlés.

Et le digital, ça change quoi ?

L’explosion du digital au cours des dernières années pose toutefois d’autres questions centrales dans la mesure de l’opinion publique. Comment par exemple appréhender l’expression des opinions, aujourd’hui spontanée et largement disponible sur les réseaux sociaux ? Quelle en est la représentativité ? Quelle en est l’influence ? Comment combiner dans l’étude de l’opinion publique les opinions « provoquées » et les opinions « spontanées » ? Mais aussi : comment les acteurs du monde politique peuvent-ils s’appuyer sur cette génération spontanée plutôt que de la subir ? Pourquoi le monde « politique » est-il plus réticent à laisser les citoyens « entrer dans le jeu » que ne le sont les entreprises et les marques avec les consommateurs ? Et comment la démocratie doit-elle s’adapter à ce nouveau flux continu de « commentaires » et de « contrôles », bien plus rapide et permanent que ne le sont les études d’opinion ?

Autant de questions qui concernent donc aussi bien la construction que la mesure de l’opinion publique.

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