Brexit : quelles conséquences ? Le point de vue des experts

A la suite de la publication de notre sondage sur le référendum britannique qui aura lieu le 23 juin, nous démarrons la publication d’une série de points de vue d’experts européens – France, Royaume-Uni, Allemagne – sur le Brexit et ses conséquences potentielles dans ces pays.

La semaine dernière, notre sondage réalisé au Royaume-Uni montrait que le camp des partisans de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (36%) devançait  de peu celui des favorables à son maintien (34%), 23% se montrant indécis, et 7% n’ayant pas l’intention d’aller voter. Cependant, notons que si, dans les intentions de vote, le camp des favorables à la sortie de l’Union européenne est en tête, 38% des interviewés pensent que le Royaume-Uni restera au sein de l’UE, et 34% déclarent qu’ils ne savent pas quelle sera l’issue du scrutin.

C’est dans ce contexte que nous avons demandé aux experts TNS Public Affairs d’exprimer leurs points de vue sur les conséquences probables d’un Brexit dans leurs pays respectifs.

France

Édouard Lecerf, Director of Political and Opinion
Édouard Lecerf,
Director of Political and Opinion

Le référendum britannique sur le maintien ou la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, ainsi que les résultats de notre sondage, rappelleront sûrement aux électeurs français leur histoire tourmentée avec l’Europe. Notamment le référendum de 2005, qui a vu les Français rejeter le traité de Lisbonne. A cette époque, la France se surprit elle-même en révélant qu’elle comptait en son sein une part d’opinions adhérant positivement à l’Europe – les catégories aisées et diplômées – et une autre, majoritaire, qui choisit alors d’envoyer un signal fort à une Europe trop complexe et inefficace.

Une telle fracture à part quasi égale, voilà quelque chose qui devrait  plaire à  Marine Le Pen, présidente du FN, à l’orée de la campagne présidentielle de 2017. Après les élections régionales de 2015, marquées par la domination de son parti au 1er tour, et par sa défaite dans toutes les régions au second tour en raison de son isolement (son parti n’a pas noué d’alliances politiques qui lui permettraient d’atteindre les 50% d’électeurs nécessaires à la victoire), elle a clairement affirmé que les électeurs auraient à choisir entre le camp des vrais patriotes, d’une part, et celui des globalistes et pro-Union européenne, d’autre part. Par conséquent, un Brexit pourrait apporter de l’eau au moulin de ceux qui affirment que quitter l’Europe est à la fois possible et indolore – ce qui dans le discours de Marine Le Pen est apparu ce week-end sous le terme de Frexit.

Au-delà du contexte de la politique française, et alors que la crise des réfugiés mine quelques-uns des principes fondamentaux de l’Union européenne, les Français commencent à s’interroger sur l’impact du résultat du référendum britannique, notamment ses effets sur une Europe qui se déchire vivement entre, d’une part, des pays prêts à une Union renforcée, et ceux, d’autre part, qui se montrent prêts à la quitter.

Au final, au sein de la classe Europe, l’élève français se trouve aujourd’hui perturbé à la fois par son professeur d’allemand  – respecté mais dont la générosité est de plus en plus questionnée – et par son camarade anglais – brillant mais turbulent.  En particulier quand ce dernier menace tout simplement de quitter les cours si les règles de l’institution n’étaient pas adaptées à son cas particulier. 

Royaume-Uni

Desiree Lopez CEO TNS BMRB
Desiree Lopez
CEO TNS BMRB

Alors que les conséquences de la renégociation continuent de faire les gros titres de l’actualité, gardons à l’esprit que la majorité de ceux qui ont déjà fait leur choix de vote au référendum ont des opinions très ancrées et n’en changeront pas, quels que soient les résultats de la renégociation et les opinions qui seront exprimées par les personnalités politiques.

Inversement, il apparaît nécessaire que la campagne se concentre sur les indécis. Ainsi, pour ce qui est du résultat du référendum, tout reste à jouer pour ce quart d’électeurs qu’il faut parvenir à décider. Alors que parmi les électeurs sûrs de leur choix, les partisans favorables à la sortie du Royaume-Uni sont légèrement en tête, notre sondage indique que les indécis ont, quant à eux, plutôt tendance à  pencher du côté des favorables au maintien. Cependant, ces derniers sont en grande partie des électeurs moins engagés sur le plan politique et pour lesquels l’Europe ne constitue pas un problème important. Ainsi, le défi consiste donc à les atteindre au mieux.

On relève également un réel fossé générationnel avec les plus jeunes qui expriment les opinions les plus favorables à l’égard de l’Union Européenne. Le défi de la campagne des partisans du maintien du Royaume-Uni réside dans la capacité à les galvaniser, les convaincre d’aller voter et de participer massivement au référendum. Un défi de taille, renforcé par le récent changement de règle d’inscription électorale concernant ces électeurs, et le fait que le taux de participation de cette catégorie ait eu tendance à s’affaiblir durant ces 25 dernières années. Ce n’est que depuis les élections législatives de 1992 que plus de deux tiers des 18-24 ans participent aux élections générales*.

Il est également important de noter que, comme on l’a vu à propos de l’Écosse en 2014, organiser un référendum ne résout pas forcément un problème une fois pour toutes. Quel que soit le résultat du référendum sur le maintien du pays au sein de l’Union européenne, il est fort à parier qu’une partie du pays se montrera probablement mécontente – une situation dont devront tenir compte les politiques pour de nombreuses années.

* Source : British Election Study, House of Commons Library Research Paper 03/59

Allemagne

Dr. Nico Siegel, CEO TNS Infratest Public Affairs and Managing Director, Infratest dimap
Dr. Nico Siegel, CEO TNS Infratest Public Affairs and Managing Director, Infratest dimap

Alors que le débat politique en Allemagne est dominé par la crise des réfugiés, le référendum sur le maintien ou la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne est régulièrement couvert par les médias et nourrit le débat actuel sur la « crise en Europe. »

Les sondages actuels montrent que les perceptions des Allemands sur les avantages et désavantages de l’appartenance de leur pays à l’Union européenne ont singulièrement évolué au cours des 18 derniers mois, avec une part de sceptiques jamais relevée. Ainsi, en février, seulement 30% des Allemands perçoivent qu’il y a plus d’avantages que de désavantages à appartenir à l’Union européenne, tandis que 24% estiment que les désavantages sont plus importants que les avantages, le reste jugeant qu’il y a autant d’avantages que de désavantages à rester membre de l’UE.

Bien qu’une majorité d’Allemands continuent d’affirmer que l’intégration européenne est une bonne chose, les politiques menées à partir de 2010, lors de crise de l’euro, et surtout à partir de l’été 2015, lors de la crise grecque, ont ravivé un nouveau débat sur le thème de la capacité des institutions de l’Union européenne et des pays membres de la zone euro à traiter et résoudre de manière efficace les crises politiques.

La demande clairement exprimée par le Premier ministre britannique d’obtenir un new deal exclusif avec l’UE, notamment en matière d’État Providence, est perçue par de nombreux observateurs en Allemagne comme le signe d’un renforcement des dynamiques centrifuges au sein de l’UE au détriment de tout autre forme d’engagement vers davantage d’approche commune. Et ce, que ce soit pour résoudre les questions relatives  à la crise des migrants, ou aux déséquilibres dus aux situations économiques ou aux marchés du travail au sein même de l’UE.

Une chose est certaine : de plus en plus d’Allemands, notamment au sein des élites politiques et économiques, ne seraient pas satisfaits si les partisans de la sortie du Royaume-Uni l’emportaient. La crainte de voir ce pays quitter l’Union européenne est particulièrement forte auprès des libéraux, qui se plaignent des politiques économiques actuellement menées en France et en Italie, et qu’ils perçoivent comme autant d’obstacles à l’instauration d’un marché du travail européen plus flexible. Plus à gauche, ces craintes, bien sûr, ne sont pas une question essentielle, mais de manière globale, un Brexit raviverait en Allemagne un débat autrement plus déterminant sur l’avenir de l’Europe.

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