To be connected or not to be…

“It’s good to be connected”, nous dit-on. Mais savez-vous qu’il serait également bon de déconnecter de temps à autre ? C’est en tout cas ce que laisse présager le phénomène digital detox. Il consiste, pendant une période donnée – généralement les vacances ou le week-end – à s’éloigner de toute forme d’accès au web, aux emails et aux réseaux sociaux afin de mieux se recentrer sur les valeurs réelles de la vie. Autrement dit, se déconnecter afin de mieux se connecter à la réalité.

Devons-nous ranger cette pratique au rang des tendances éphémères et futiles ou pouvons-nous au contraire la prendre au sérieux, jusqu’à envisager de tenter l’expérience ?

En effet, nous avons parfois du mal à nous souvenir de la dernière journée passée sans consulter nos réseaux sociaux, et il suffit de lever la tête durant un trajet en métro pour se rendre compte de la place qu’ont pris les smartphones dans nos vies quotidiennes. Les réunions entre amis autour d’un verre sont souvent interrompues de tristes silences, les participants préférant dialoguer par écran interposé avec des personnes extérieures.

Les chiffres de l’étude Connected Life 2016 sont d’ailleurs sans appel à ce sujet : les Français passeraient 4,4 heures en moyenne devant leurs écrans (hors TV) dont 1,5 heure sur mobile.

F.O.M.O. : Fear Of Missing Out

Associer nos nouvelles habitudes de consommation de devices à de l’addiction qu’il conviendrait urgemment de modérer peut sembler rétrograde. Quand on y réfléchit pourtant, nos comportements vis à vis des réseaux sociaux sont parfois surprenants, voire inquiétants. Qui ne connaît pas cette montée d’adrénaline après avoir publié une photo sur Instagram, un tweet ou un simple statut Facebook ? Et la série de doutes qui s’installent ensuite : « Ça fait déjà 30 minutes que la photo est publiée et je n’ai que deux likes. L’heure de publication était-elle réellement judicieuse ? La légende était-elle vraiment pertinente ? Mes contacts n’en ont-ils pas simplement assez que je les spamme sans arrêt avec mes publications dénuées d’intérêt ? Cela fait maintenant deux heures et j’en suis à quatre misérables likes… j’efface, c’est trop l’affiche ! »

Nous pouvons rapidement saisir l’origine de ces inquiétudes sur les réseaux sociaux. En nous donnant accès, chacun à son humble niveau, à une audience d’une dizaine, voire à plusieurs centaines de personnes, nous exposons nos messages et nos publications à une audience considérable. Et en cas de maladresse, bonjour les dégâts ! Rappelons-nous du fameux tweet du mannequin Baptiste Giabiconi en juillet dernier qui avait enflammé les réseaux sociaux. Il avait alors confondu la fête nationale du 14 juillet 1789 avec celle du 14 juillet 1945.

Un autre type de comportement anxiogène peut également naître avec notre surconsommation des plateformes sociales : le « F.O.M.O. » (Fear Of Missing Out). Si vous consultez votre boîte mail personnelle ou votre timeline Facebook et Twitter toutes les dix minutes de crainte de rater quelque chose… le « FOMO » est à votre porte !

Tester son e-reputation

Les acteurs publics et associatifs prennent d’ailleurs le sujet très au sérieux. Le « National Day of Unplugging » a ainsi été créé aux États-Unis, et promeut la déconnexion le temps d’une journée afin de se recentrer sur ses proches. Et de mieux revenir sur soi. La Mairie de Paris, en partenariat avec Reputation Squad, a souhaité sensibiliser les plus jeunes aux dangers d’une surconsommation des réseaux sociaux et des dérives qui y sont associées via une prise de conscience des traces qu’ils peuvent laisser sur ces plateformes. Il est par exemple possible de venir tester gratuitement son e-reputation en quelques minutes.

Digital Detox

Quant aux acteurs privés, ils y voient un marché porteur. Naturellement, dans le tourisme, tel le Château La Gravière à Bordeaux, qui propose le temps d’un week-end une « pause numérique » au tarif de 300 euros avec au programme : œnologie, méditation et développement personnel. Le smartphone restant à la réception.

Dans le numérique, également, avec des logiciels contraignants. Ainsi, le logiciel freedom permet de bloquer sur une période déterminée les sites ou applications jugés trop distrayants par l’utilisateur (idéal pour les étudiants en période d’examen) ou encore sous forme de coaching online par le biais de newsletters quotidiennes contenant des tips originaux pour mieux décrocher (la-pause-digitale.org).

En grande consommation aussi, lorsque l’identité de la marque s’y prête, les fabricants surfent sur le digital detox. Souvenons-nous de la campagne virale de Nespresso, Really Friends, dans laquelle Arnaud dépasse la barrière virtuelle des réseaux sociaux en partant à la rencontre de ses amis Facebook. Afin de valoriser l’expérience de dégustation produit et en adéquation avec son slogan « Have a break, Have a KitKat », KitKat a imaginé aux Pays-Bas la mise en place d’espaces détentes « sans wifi ».

A y réfléchir, qu’en-est-il du retour à la réalité après une detox digitale ? Se passer du web le temps d’un week-end facilite l’introspection et l’ouverture aux autres mais à quoi bon si c’est pour replonger ensuite tête baissée dans la « nomophobie » (phobie liée à la peur excessive d’être séparé de son smartphone) ?

Adapter sa consommation de contenus digitaux vers une utilisation quotidienne plus qualitative et plus ciblée semble en ce sens, être bien plus appropriée qu’une déconnexion brutale.

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