Les médias papier font de la résistance

Souvent annoncée comme le prochain cas Kodak de l’industrie de l’information, la presse papier suscite de nombreuses interrogations sur sa pérennité. Sur quels présupposés ces craintes se basent-elles pour prédire un tel sort à cette industrie pourtant ancrée dans notre société depuis des siècles ?

Le marché et l’ensemble de notre société sont en pleine mutation digitale. Internet a fait naître de nouvelles façons de consommer et notamment de s’informer. De nouvelles attentes ont émergé, telles que l’immédiateté et la gratuité. Le consommateur de 2015, avec ses multiples terminaux – ordinateur, tablette et mobile – souhaite pouvoir s’informer sur le sujet qu’il veut, quand il le veut et où il le veut. Ces éléments créent alors un défi pour la presse, dans son format traditionnel.

Toutefois, le support papier n’est pas complètement incompatible avec le défi de mobilité. En effet, un tiers des Français consulte la presse hors de leurs domiciles, et 7% la consultent dans les transports, c’est-à-dire en situation de mobilité. Les entreprises doivent capter ces attentes et innover. Plusieurs formats « pockets » ont alors vu le jour pour ne pas encombrer les sacs lors des déplacements. Mais des innovations de fond ont cependant été indispensables pour pérenniser l’avenir des groupes de presse.

Alors, dans ce contexte, comment les géants de l’industrie du papier en France ont-ils fait face ?

Les sites d’information en ligne et des applications se sont rapidement imposés dans nos consommations de médias presse. Forts de leur image et de leur crédibilité, les titres de presse ont développé leurs sites en ligne et leurs applications pour communiquer plus vite, mais également pour transmettre des informations fiables, face à l’étendue des contenus circulant sur le web. Ainsi, les attentes en matière de gratuité ont été prises en compte par les industriels. Des versions payantes ont aussi vu le jour à des fins de rentabilité, promettant à l’internaute un contenu plus riche et plus fourni.

Pour beaucoup, ces innovations technologiques constituaient l’unique recours pour l’industrie et chasseraient petit à petit le papier du paysage médiatique. Mais le papier fait de la résistance… Aujourd’hui encore, 54% (1) des lecteurs d’une marque de presse le sont exclusivement par papier.

Cette révolution technologique a d’ailleurs bénéficié à la presse. Certes, la diffusion est en baisse, mais elle gagne 3,5% d’audience entre 2014 et 2015. La complémentarité des supports est en fait devenue une force. La consommation des différents supports est désormais singulière, selon l’usage des lecteurs. On assiste ainsi à une véritable personnalisation de la consommation de l’information, chaque lecteur associant des moments ou des lieux spécifiques à des supports de presse, en fonction du degré d’information plus ou moins important qu’il recherche.

Une révolution est-elle à attendre dans ce secteur dit fragilisé ?

Non : la multiplicité des canaux est bien ancrée dans nos quotidiens ; la révolution n’est plus en marche. En effet une part stable de Français duplique leurs supports de presse, et on n’observe pas de changements majeurs dans l’utilisation des supports de presse depuis 2013.

Certains acteurs du marché innovent même en faisant le chemin inverse ! En mars 2015, un magazine papier nommé As you Like (2) fait son apparition dans les kiosques. Ce dernier constitué intégralement de contenu digital, rédigé par des bloggeurs, des influenceurs ou des talents dénichés sur la toile, met en vie le meilleur du digital dans un cahier des tendances.

(1) One Global 2015
(2) Groupe Prisma Media

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